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Jeunes / police : des processus de stigmatisation réciproque

lundi 24 août 2009, par Pote à pote

Suite aux émeutes de Romans-sur-Isère (Drôme) le 29 septembre dernier, une étude basée sur une rencontre avec un groupe de jeunes rappeurs de la cité dite « des enfants perdus » avec le sociologue Manuel Boucher revient sur les éternels rapports conflictuels entre jeunes et police.

Depuis la répression à l’encontre des émeutiers et « les lourdes peines - six ans de prison pour l’un d’entre eux - neutralisent l’envie de certains jeunes d’en découdre avec les forces de l’ordre ». Mais le poids des mauvaises relations entre les habitants des quartiers et la police est considérable. L’étude décrit une situation très tendue : « toutes les nuits, trois cars de CRS quadrillaient le quartier (…) trois ans après les émeutes de novembre 2005. » Les provocations viennent des deux cotés. Abou raconte : « Des fois quand ils passent en voiture, les CRS ils font des bras d’honneur, [...] ils vous provoquent [...] ils ont rien à faire, tellement qu’ils galèrent. Ils ont besoin d’adrénaline. » La police se comporterait mieux dans d’autres quartiers, notamment les centre-ville, en particulier quand il s’agit de séparer deux individus qui se battent. Mais lorsque cela se passe dans le quartier « ce ne sont jamais des policiers qui arrêtent ces bagarres mais des habitants eux-mêmes », rapporte le sociologue. D’où un sentiment de deux poids, deux mesures.

Pourtant, la détestation de la police ne fait pas l’unanimité chez les jeunes interviewés : il y a ceux pour qui « les flics du poste de police du quartier ne sortent jamais sauf pour aller à Intermarché chercher du vin et acheter du camembert ». Et puis ceux qui affirment : « Il y a des keufs qui nous ont sauvé la mise quand même. Moi je dis qu’il y a des keufs ce sont de vrais enculés mais il y en a d’autres non ! », précise ainsi Stomy. Ceux qui tiennent ces propos, selon Manuel Boucher, sont « des jeunes qui, à un moment donné de leur trajectoire, ont pu sortir du quartier et même de la ville grâce à leur réussite scolaire ou à leur parcours professionnel ». Ils ont pu rencontrer les policiers ailleurs que dans un contexte de quartier, « où les processus de stigmatisation sont réciproques ». Pour les premiers, « si l’on développe des rapports humains avec la police et que des policiers se comportent humainement avec vous, c’est que nécessairement vous leur fournissez des informations sensibles sur les activités illégales (…) dans le quartier ». En gros, vous êtes une balance. Selon M. Boucher, les jeunes qui affirment au grand jour entretenir des relations amicales avec des policiers ont donc, soit un passé de délinquant notoire, soit une reconnaissance particulière (par exemple des sportifs reconnus) qui leur assurent une certaine respectabilité. Explication de certains comportements inadmissibles des policiers à l’égard des jeunes, selon ces derniers : « Il y a pas mal de policiers qui lorsqu’ils étaient jeunes se faisaient tabasser par les renois et les rebeus (…) Les trois quarts des keufs se faisaient victimer. Donc en devenant keufs ils se sont dit dans leur tête qu’ils pourraient faire la misère à tout le monde. » Enfin, seule une catégorie de forces de l’ordre échappe à la vindicte : les gendarmes, considérés « plus compréhensifs et surtout plus professionnels ». A tel point que pour certains jeunes interviewés, entrer dans l’armée pour sortir de la galère n’est pas exclu. Faut-il vraiment considérer cela comme une lueur d’espoir ?!

Ferhat Dendoune / Erwan Ruty


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